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Les DRMs s'opposent au Logiciel Libre

18 janvier 2006

Définition d'un DRM

Un DRM (Digital Right Management, ou Mesure technique de protection en français) s'entend comme un dispositif qui contrôle les actes d'un utilisateur. Être contraint de regarder le logo du producteur au début d'un DVD ou se voir interdire le transfert d'un morceau de musique vers un baladeur sont les manifestations les plus connues des DRMs. Le projet de loi DADVSI et la directive européenne dont il découle s'intéressent eux aussi aux DRMs sous l'angle du contrôle d'usage. Une fois n'est pas coutume, les textes législatifs et la perception du public s'accordent sur la sémantique d'un terme technique.

Pourtant la définition d'un DRM pourrait englober l'information sur les droits d'une oeuvre numérique (texte, musique ou film) et la gestion des droits d'auteur. Au fil des ans cet aspect a disparu, probablement en raison du caractère conflictuel de l'idée de contrôle d'usage. Ainsi la traduction française "Mesures techniques de protection" s'est adaptée à ce glissement sémantique au lieu de rester sur une traduction littérale "Gestion des droits numérique". malgré tout, certains DRMs contiennent des facilités fournissant de l'information à l'utilisateur ou gérant l'acquisition de droits auprès de l'auteur. Cependant, le seul dénominateur commun entre tous les DRM reste le contrôle d'usage. C'est donc sous cet angle uniquement que nous en parlons ici.

La contradiction fondamentale entre DRM et Logiciel Libre

Une question revient assez fréquemment dans les débats qui opposent les partisants des DRMs et les défenseurs du Logiciel Libre : pourquoi ne pas proposer un DRM Logiciel Libre ? Pour y répondre, il suffit de considérer l'objectif et les termes légaux de toutes les licences reconnues Logiciel Libre.

Une licence Logiciel Libre donne tout contrôle à l'utilisateur sur son logiciel. Elle lui permet de l'utiliser, de l'étudier, de le modifier pour ses besoins et de le redistribuer. Si l'on suppose l'existence d'un DRM Logiciel Libre, cela revient à imaginer que l'on fournit un logiciel dont l'objectif est de contrôler ses actes tout en donnant la permission légale de s'affranchir de ce contrôle. On voit mal qui se donnerait la peine d'implémenter des mécanismes de contrôle dans ces conditions.

Il y a donc une contradiction fondamentale entre l'objectif des DRMs et celui du Logiciel Libre. Cette contradiction est d'ailleurs rappelée dans l'introduction de la prochaine version de la licence Logiciel Libre la plus utilisée dans le monde, la GNU General Public Licence.

Ne pas confondre la cryptologie et DRM

Cela ne veut pas dire pour autant qu'il est impossible de réaliser des systèmes sécurisés avec du Logiciel Libre. Bien au contraire : la sécurité est une affaire de transparence et le Logiciel Libre s'y impose. Lorsqu'on navigue sur un site marchand pour faire ses emplettes ou celui de notre banque pour faire ses comptes, il importe que la communication reste confidentielle. Cet objectif est atteint avec l'aide de la cryptologie et dans un grand nombre de cas avec du Logiciel Libre.

Mais les DRMs ne sont pas une affaire de sécurité : ils visent le contrôle par l'obscurité. Alors que la cryptologie s'appuie sur des standards ouverts (non couverts par des brevets), les DRMs conservent le secret sur les formats, protocoles ou méthodes de cryptage qu'ils utilisent. Alors que les Logiciels Libres de cryptologie sont utilisés sur des sites bancaires et des sites marchands pour les transactions les plus sensibles, tous les DRMs sont distribués sous licence propriétaire afin d'empêcher l'utilisateur de s'affranchir du contrôle qui lui est imposé.

Les projets de "DRM Logiciel Libre" sont-ils des DRM ou sont-ils libres ?

Malgré la contradiction fondamentale entre DRM et Logiciel Libre, il se trouve malgré tout des projets pour prétendre fournir un "DRM libre". Comment s'y retrouver et surtout comment déterminer s'il s'agit de Logiciel Libre ou de DRM ? Voici deux points essentiels:

  • Est-ce que tous les formats, protocoles et méthodes de cryptages sont documentés dans des standards ouverts qui ne sont pas couverts par des brevets ?
  • Est-ce que l'ensemble est publié sous une licence Logiciel Libre ? Il suffit qu'un seul élément, par exemple une librairie de lecture d'un format de fichier, soit distribué sous licence propriétaire pour que ses conditions restrictives empêchent l'exercice des libertés de la licence libre.

Si on peut répondre oui à ces deux questions, alors il s'agit probablement d'un Logiciel Libre qui n'est pas un DRM. Si la réponse à l'une de ces deux questions est non, alors il s'agit probablement d'un DRM mais certainement pas d'un Logiciel Libre. Certains projets, tel que DReaM de Sun ne sont pas encore assez définis pour que l'on puisse répondre à ces deux questions et il est donc malaisé de savoir s'il s'agit d'un DRM ou d'un Logiciel Libre.

Loïc Dachary. E-mail : loic@gnu.org Tél : 01 42 76 05 49.

 
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Updated: $Date: 2006-01-25 15:29:45 +0100 (Wed, 25 Jan 2006) $ $Author: loic $